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Présentation

  • : Le blog d'un Picard en Luberon
  • : Le blog du grand!!!Cela fait maintenant 14 ans que vous me lisez assidûment et je vous en remercie. Mon but est de faire profiter mes amis des bons moments que je passe en Provence et dans mon activité de Maire,entouré d'une si belle nature ainsi que la rencontre d'amitiés très fortes.Vous avez droit à tous mes états d'âme sur mes lectures , spectacles expos,rencontres. Enfin tout ce que je pense!!!!!Mais avec humour,dérision et poésie.Ce blog a été créé pour donner de mes nouvelles à tous mes amis et tous mes patients de Picardie auxquels je reste très attaché et qui me le rendent bien en m'envoyant régulièrement des mots doux. De nouveaux articles paraissent très régulièrement.Il y en a maintenant plus de 1500. INSCRIVEZ VOUS A LA NEWSLETTER en donnant votre adresse mail à gauche du blog pour être prévenu automatiquement et de façon anonyme de la parution d'un nouvel article .Pour consulter tous les articles , cliquez sur "liste complète " à droite mais vous pouvez rechercher un sujet particulier dans la rubrique"rechercher"(à gauche) Pour voir les albums de photos à droite cliquez dessus et agrandissez les photos.
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Avant-propos

Les grincheux ,sectaires, conventionnels et intolérants n'ont pas accès à ce blog.
J'essaie en effet d'y retrouver l'amitié, la tolérance , la dérision , la confidence ,la poésie et l'amour de la nature.

Ceux qui m'acceptent tel que je suis sont les bienvenus.       

Voici des fruits , des fleurs , des feuilles et des branches,
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous ,
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux
                                                    Paul Verlaine

 

4 février 2020 2 04 /02 /février /2020 08:33
Mon premier remplacement en médecine générale .Un de mes souvenirs du passé gravé dans ma mémoireMon premier remplacement en médecine générale .Un de mes souvenirs du passé gravé dans ma mémoire
Mon premier remplacement en médecine générale .Un de mes souvenirs du passé gravé dans ma mémoireMon premier remplacement en médecine générale .Un de mes souvenirs du passé gravé dans ma mémoire
Mon premier remplacement en médecine générale .Un de mes souvenirs du passé gravé dans ma mémoireMon premier remplacement en médecine générale .Un de mes souvenirs du passé gravé dans ma mémoireMon premier remplacement en médecine générale .Un de mes souvenirs du passé gravé dans ma mémoire

Rassurez-vous,je ne vais pas vous infliger mes mémoires,pas encore,mais je vais peut être vous raconter ,au cours de quelques articles successifs,certaines anecdotes savoureuses ou dramatiques de mon parcours,des joies et des peines,des histoires à dormir debout,des aventures humaines ou sportives qui hantent mes rêves, enfin,tout ce qui m'a construit.

Je ne ferai rien dans l'ordre car cela ressemblerait à un dictionnaire du temps,non,je choisirai mes souvenirs en fonction de ce qui me revient ,soit le jour mais le plus souvent la nuit,quelques fois dans mes rêves mais aussi dans mes pensées nocturnes.

Ma première histoire concerne mon  tout premier remplacement comme Médecin Généraliste.Comme vous pouvez le supposer,ce premier jour reste un des jours les plus importants dans la vie d'un médecin,surtout si , comme pour moi,cela se passe dans des circonstances particulières.

Nous étions au début des années 70 et rappelez-vous la médecine de l'époque,assez peu technologique puisque nous n'avions ni scanner,ni IRM,ni échographie,ni Doppler,enfin peu de chose , et il fallait un bon interrogatoire et un bon examen clinique pour faire un diagnostic et surtout,bien connaître ses patients , ce qui n'était jamais le cas pour un remplaçant.

Il faut tout aussi savoir que les études de médecine générale ne duraient que 6 ans ,suivies d'un stage d'un an en hôpital accompagné d'examens appelés "Cliniques",malheureusement disparus aujourd'hui. Petit intermède,ces cliniques consistaient à mettre un étudiant dans une chambre avec un malade,sans aucune indication,et nous devions ensuite passer devant 3 Mandarins,3 Patrons,à l'ancienne,des Ténors,et nous devions raconter notre interrogatoire,les hypothèses diagnostiques,les examens demandés et les éventuelles thérapeutiques envisagées.Nous étions ces jours là,que ce soient des cliniques médicales,des cliniques chirurgicales ou de gynéco obstétrique ou de pédiatrie,oui, nous étions dans nos petits souliers.Venait ensuite la thèse,consécration suprême pour nous et notre famille.

Dans ce qui va suivre,tout est vrai.J'ai simplement changé les noms des personnes et des lieux pour ne heurter personne ,mais mes ami(e)s s'en souviennent car j'ai souvent raconté ces premiers pas dans la profession.

Il faut aussi tenir compte que nous étions très jeunes et sauter le pas et faire un remplacement était une autre paire de manche que de se pavaner dans les couloirs de l'hôpital et  jouer au Docteur pour impressionner les infirmières.(attention à Me Too)

J'avais donc été contacté par un vieux médecin (enfin,vieux,pas vraiment,puisqu'il était plus jeune que moi aujourd'hui),mais je persiste, un médecin qui me paraissait très vieux,installé depuis plus de 35 ans dans un petit village de Picardie, Rebaussoir,un village de la Picardie profonde,un village où je ne comprenais rien du patois qui circulait,un village de 1500 âmes,tous dévoués à leur médecin qui avait mis au monde ou accouché la moitié de la population,un village très retiré du monde par sa situation géographique.J'habitais à quelques kilomètres de là,dans un autre village où ma douce venait de reprendre la pharmacie (où les patients venaient chercher leurs médicaments en tracteur).

Donc,le Docteur Sibonne m'avait donné rendez-vous vers 13h30.Je suis arrivé un peu en avance,un peu tremblant,pas très sûr de moi,et,après avoir sonné,je suis entré et je me suis assis sur une des chaises d'un couloir qui servait de salle d'attente.C'était souvent le cas en Picardie,les médecins ayant leur cabinet dans leur grande maison bourgeoise et le couloir servait alors presque toujours de salle d'attente.

Il y avait sur une autre chaise un Monsieur,jeune aussi,en bottes peu appropriées pour aller chez le médecin et nous avons attendu ensemble pendant près de 3/4 d'heure,sans échanger un seul mot,ce qui ,à postériori,est étonnant pour moi ,ayant toujours été très bavard ,même avec les inconnus,mais j'étais un peu angoissé et j'essayais de réviser mes posologies,au cas où ce médecin m'aurait sondé.

Le couloir était un peu glauque,sombre,sans fenêtre,avec un vieux papier peint à ligne,je le revois encore aujourd'hui,et ce décor ne me mettait pas du tout à l'aise,surtout que mon collègue de chaise semblait bourru,peu avenant,ce qui faisait ressembler cette scène à un scénario de film inquiétant.Moi,je serrais les fesses en pensant à demain,car je devais attaquer dès le lendemain matin,si notre accord était scellé aujourd'hui.

Tout à coup la porte d'entrée s'est ouverte avec fracas et un petit bonhomme,tout petit,dégarni et habillé de façon très désinvolte,sans cravate,ce qui n'était pas habituel dans ces années là,et j'ai bien sûr supposé être en face du Docteur Sibonne.Je n'étais pas impressionné,j'étais étonné.(car je n'avais jamais vu le petit homme)

Il s'est arrêté subitement au milieu du couloir,m'a dévisagé longuement puis s'est tourné vers mon acolyte de salle d'attente et je me souviens ,50 ans après,de ses mots,de sa colère subite,de sa transformation d'homme tranquille en homme hargneux et colérique que je peux transcrire sans hésitation et sans aucun doute encore aujourd'hui:

"Bordel de merde,espèce de trou du cul,je t'ai déjà dit de ne pas venir me faire chier en dehors des heures de consultations; fous moi l'camp" Enfin,c'était le sens de la phrase mais je dois ajouter une chose , c'est que le Docteur Sibonne parlait en patois,en Picard,et cela donnait une autre dimension.Je ne peux vous traduire cela car mon Picard laisse à désirer,mais la suite va vous éclairer.Vous imaginez ma stupeur en regardant ce patient repartir tout penaud,sans dire mot,sans rejimber,la tête basse,en marmonant quelques phrases que j'étais incapable de comprendre.

Le Docteur Sibonne s'est alors tourné vers moi en me traitant et en m'appelant très directement  "Tiot" .Moi et mon mètre 90,me faire appeler Tiot par un gars d'un mètre 50,cela ne manquait pas de piquant. (pour les ignare du Picard,Tiot veut dire petit en patois).

"Tiot,j'ai pu d'patience" me dit-il et il ajouta"j'va bintôt prindre m'artraite"

Je ne sais pas si vous imaginez mon étonnement et mon inquiétude qui allaient grandissants, avec l'impression d'être dans un film de fiction où je serai l'acteur principal,moi qui avait fait mes études à Reims,ville bourgeoise par excellence (champagne oblige) où le Français me paraissait être modèle.

"Tiot,j'va t'montrer m'cabinet "me dit-il tout à coup,accélérant le cours de mon histoire.Nous franchîmes alors une porte qui donnait dans le fameux couloir et je fus interloqué par la découverte d'un vieux cabinet médical,un très vieux cabinet,très défraichi,le papier peint défraichi comme celui de la salle d'attente se décollait dans les coins les plus sombres et les plus humides,avec un  bureau délabré déposé dans un coin,un divan d'examen tout défoncé par les années et les patients, caché par un paravent d'un autre temps,décoré avec des fleurs en papier peint  et qui servait de porte-manteau et bordant une une vitrine avec des outils en grande partie rouillés,bref,vous imaginez ma surprise et vous pouvez aller jusqu'à supposer un pas en arrière que je n'ai pas fait car la surprise ajoutée à l'angoisse m'avaient paralysées.Moi qui sortait de l'hôpital,très moderne,bien équipé,avec un personnel très attentionné,j'allais me retrouver seul dans ce gourbi pendant un mois.

"Tiot,faut qu'ti fasses attention à c'kien" dit-il encore devant votre serviteur interloqué .(bon,mon Picard n'est pas terrible et les traductions ne sont pas exactes mais les messages sont fidèles).En effet,le Docteur Sibonne m'expliqua que le chien avait l'habitude de pousser la porte du cabinet et de venir pisser contre le bureau !!!

J'avais vu un vieux cabot traîner sa peine dans le couloir,le museau blanchi par les années,le poil hérissé par ma présence,une queue coupée court mais malgré tout agitée,un vieux cabot qui disparut tout à coup je ne sais où ni comment.

Vous imaginez mon grand étonnement mais en 5 minutes tout était bouclé,le Docteur Sibonne m'offrait 50% des honoraires,il partait un mois en vacances ,une femme de ménage viendrait de temps en temps,il me donna les clés de la maison,m'indiqua les heures de consultations,m'expliqua ses tours de visites à domicile dans les villages voisins,tout ceci avec son accent Picard que je ne captais pas toujours et le grand dadais que j'étais était paralysé devant ce petit homme d'une énergie folle.Je lui ai serré la main en lui disant "merci Docteur" et je suis sorti dans un état second,saoulé de Picard et de ce scénario que je n'avais pas du tout imaginé.

Bref,en quelques minutes,je me suis retrouvé dès le lendemain matin à la tête d'un cabinet médical, seul,avec mon Vidal chéri,ce grand livre rouge que vous avez tous aperçu sur les bureaux des médecins,et quelques livres pratiques qui m'auraient théoriquement,je dis bien théoriquement,permis de rédiger quelques ordonnances type ,un peu perdu quand même,avec devant moi la perspective de mon premier remplacement en Picardie profonde pendant tout un long mois.

Ce fut ensuite le lendemain le moment de ma première consultation.Vous savez,il faut alors donner le change,montrer une assurance que vous n'avez pas,accrocher son stéthoscope à son cou pour montrer que le si jeune garçon que vous êtes est effectivement le Docteur,et tous mes confrères ont eu ,comme moi ,l'estomac noué avant d'avoir un peu d'assurance.

Ma première patiente avait environ une cinquantaine d'année et avait des douleurs abdominales.Elle était obèse et devais approcher les 100 kg et je me souviens avoir eu du mal à la faire monter sur ce qui était sensé être un divan d'examen.(Ceci a d'ailleurs impliqué pour moi l'achat d'un divan de cardiologie,plus bas,lors de mon installation définitive). Après avoir essayé de l'aider à se dévêtir un peu,j'examinai son abdomen,derrière le paravent décrit plus haut,en essayant d'imaginer une hypothèse diagnostique au travers de ses descriptions et de ses réactions à la palpation,commentaires que je ne comprenais pas toujours et c'est alors,en levant la tête, que j'ai eu l'impression de voir le haut de la porte d'entrée du cabinet bouger et je me suis dit qu'un courant d'air en avait pu être la cause,et,de toutes les façons,j'étais totalement absorbé par l'abdomen de ma patiente,jusqu'à ce que je me retourne et c'est à ma grande stupéfaction que j'ai eu l'image du chien en train de pisser contre le bureau.Vous imaginez ma panique en essayant de dissimuler cette attaque canine à ma patiente qui me dit alors tout de go:" l'kien,y pisse toujours sur l'bureau" sans y faire plus que cela attention et revenant plutôt à son mal de ventre,ce qui est bien légitime puisqu'elle était là pour cela.

J'avoue avoir éclater de rire après cette consultation,peut-être de façon un peu nerveuse mais aussi par le comique de la situation.(et,à cette époque,pas de portable pour raconter cela à mon épouse,pas de réseaux sociaux non plus )

Je peux vous garantir que par la suite , j'ai toujours bien vérifié la fermeture de la porte avec son crochet pendouillant,et que j'ai eu le chien à l'oeil.

Ce premier remplacement s'est pour finir bien passé,même si il a été truffé d'anecdotes fantasques,et j'ai pris en amitié cette population très gentille,très attentionnée à mon égard et je revenais le soir avec des légumes , des oeufs et des volailles.J'ai d'ailleurs failli succéder au Docteur Sibonne mais les circonstances en ont décidées autrement mais j'ai aimé les habitants de Rebaussoir et ils me l'ont bien rendu.

Voilà mon premier souvenir de remplacement,un remplacement que je n'oublierai jamais,une première consultation inoubliable qui m'a permis de dédramatiser ce que tous les étudiants en médecine connaissent:l'angoisse du premier remplacement.

Et je vous le répète: TOUT EST VRAI.Inimaginable,non,Docteur Watson ?

Bises et bonne journée.

C'est ce qu'aurait pu me dire le Docteur Sibonne !!

C'est ce qu'aurait pu me dire le Docteur Sibonne !!

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commentaires

Anne-Marie 09/02/2020 16:00

j'ai adoré

Ma citation

De mes erreurs de jeunesse,ce qui me contrarie le plus n'est pas de les avoir commises mais de ne plus pouvoir les refaire

Philosophie personnelle

Que la dérision nous apporte la légéreté,la modestie et la réflexion sur le sens de notre vie.
                                Juju